12.08.2010
Mon inconscient et Moi
Mon inconscient et moi ; une journée ordinaire avec lui et presque sans moi.
Je me réveillai et retrouvais mes esprits. « Je pense donc je suis » s’exclama ma conscience. Me voir au naturel dans la glace réduisit quelque peu son ardeur. Puis j’entendis en moi la réfutation imparable de ma plénitude imaginaire :
- Tu es ? Mais tu n’es pas tout… Ce que tu penses et que tu crois toi s’égare, tu l’oublies et en aucun cas cela ne te survivra, sauf si tu l’écris, et encore…De plus ta pensée n’est pas probatoire, il va falloir déjà que tu en parles à ton chef de service et à ta moitié qui est partie chez sa mère…
Comme chaque matin je me redécouvrais mortel, imparfait, soumis et stupidement sexué. Cette incomplétude indicible du réel Lacanien fit monter en moi l’angoisse Freudienne de la castration dont le symbolisme n’enlève rien à la cruauté. J’aurais tant aimé être Moi…Mais la réalité confisque généralement mon désir dès l’émergence.
Il me devenait urgent d’aller prendre mon petit déjeuner. Le bar d’en bas s’appelait l’Autre. C’était le lieu de la culture, de la politique et des rituels où l’on pouvait partager l’émotion de ces états ordinaires en morceaux plus supportables dans une consommation commune.
L’odeur de croissant chaud et la vue de la croupe de la nouvelle serveuse me rassurèrent. Cela vint colmater la faille matinale de l’angoisse. Je partis au travail porté par le courage d’un assez solide Surmoi issue d’une origine paysanne…
Mes tiroirs étaient remplis de tâches routinières inspirant le contre cœur. Le plaisir d’inventer un peu était ici fort rare et assez mal vu. Cette réalité demandait à être un peu travestie avec du symptôme. Sans névrose point d’espoir. Je me montrais hystériquement dans les bureaux voisins en tenant des propos futiles et espérant que l’on remarquât mes chaussures italiennes neuves. Puis j’empilais ostensiblement, en cachant scrupuleusement toute émotion, de gros dossiers inutiles sur mon bureau. Mais cela ne m’apportait pas la paix, je jouissais de mes conduites avec une souffrance d’arrière plan qui corrompait tout. Mon patron sournois sentit ma déconfiture. Il vint me commander dans l’urgence une tâche stupide qu’il savait que j’abhorrais. Les salauds qui tirent les marrons du feu aiguillonnent ainsi le monde depuis la nuit des temps.
La journée passa. Je me pensais, faute d’avoir la chance de penser à autre chose, donc je n’étais plus. Enfin, presque plus.
Mais ce qu’il restait de moi avait rendez vous chez mon psy à dix huit heures trente !
Depuis quelque temps il m’avait allongé car il savait probablement que cette position me convenait bien en fin de journée. Il ne me regardait pas pour que mon aspect harassé ne troublât pas la clarté de son esprit et ne puisse l’inciter à quelque apitoiement social. Il m’avait donné la consigne. J’étais là et seulement là et je n’étais plus que je que disais en oubliant mes retenues, mes craintes et mes inhibitions ordinaires.
Ce n’est pas facile d’être aussi fou.
J’y arrivais un peu par moment, avec juste un léger reliquat de dissimulation. L’homme de l’art était habile ; il n’exigeait pas toute la vérité…Il était plus modeste et prudent que Socrate.
A ces instants là, redevenu enfant illusionné, mon psy devenait père et mère et je racontais ce que je ne leur avais jamais dit. Il écoutait. Ils écoutaient. Tous mes symptômes se dévaluaient là des plus values de leurs bénéfices secrets pour lesquels je n’avais plus de placements opportuns. Il n’y avait plus à entretenir de preuve de pouvoir, de science ou de séduction. Je reconstruisais ce fil imaginaire délicat et quasi Proustien d’un étrange infantile en Moi où je menais ma vie intime secrète en funambule.
Mon inconscient apaisé allait pouvoir rêver cette nuit. Peut être demain je téléphonerai à ma moitié car on n’est rien sans l’autre sexe, même s’il a cette cruauté de ne pas être le même. J’envie parfois l’assurance folle des gays que l’on ne persécute plus…
Et si je cherchais un nouveau job…Et si j’osais être un peu plus responsable ? Est-ce que j’ai vraiment atteint mon niveau d’incompétence Monsieur Peter ?
Et si avec quelques pairs j’essayais de faire un peu Société ?
Mon inconscient entre angoisse et désir me propose ses symptômes… Et si je ne les prenais plus vraiment au sérieux ? Il est temps de penser à ne pas mourir idiot. Guérir ? Mais de quoi ? Freud nous l’a dit ; nous allons parfois moins mal, mais on ne guérit pas de l’état humain ; on en meurt nécessairement. Il suffit parfois davantage à propos et de travailler plus intelligemment.
Le divan est le prototype qui nous exerce à l’énonciation.
Cet oubli local de la réalité, de la matière et même de la vérité, va pouvoir se porter dans sa famille, son clan, son organisation, sa cité. On mène là son angoisse se perdre et on éduque le désir aux harmonies du sens. Il va être attentif à ne plus prendre follement comme objet ce qu’il trouve…
Cela s’appelle la paix. Le bonheur ? Débrouillez vous avec si vous le rencontrez.
Georges Botet Pradeilles, auteur d'Apologie de la névrose et de Fallait-il tuer Socrate ? Nouveaux propos sur le bonheur en préparation...
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